6 janvier 2003

Le football américain en France devient "Rugby à 11" !

 

Pendant que les quinzistes jouent la Coupe d'Europe, les Treizistes leur championnat, le foot américain en France change de nom. Explications. 

A voir les yeux écarquillés des quelques spectateurs assistant à un match de football américain en France, on comprend la perplexité du grand public face à cette discipline encore mal connue. Ce sport voyant s'opposer deux équipes aux allures de divisions blindées dans un curieux jeu de gagne-terrain, tout droit venu d'outre-Atlantique, a du mal à convaincre les curieux. Des règles difficiles à comprendre, une multitude de joueurs et des arrêts incessants résument un jeu très éloigné des standards européens et de leur culture. Difficile dans ces conditions d'attirer un grand nombre de sportifs, ainsi que les médias, vers ce sport souvent catalogué comme exclusivement " américain ". Les actuels dirigeants de la fédération française, leur président en tête, sont d'ailleurs les premiers à reconnaître s'être trompés sur la manière d'imposer leur discipline en France, à ses débuts. " Notre sport doit s'adapter au public et non l'inverse ", explique Frédéric Paquet. Sous son impulsion, ils ont entrepris une réflexion de fond ayant abouti à certaines innovations. " Nous avons décidé de réduire le temps de jeu ainsi que le nombre nécessaire de joueurs pour former une équipe. Nous comptons aussi changer de nom et nous rebaptiser rapidement Rugby à Onze ", poursuit le président. 

Malgré une approche nouvelle ayant pour but de conquérir un plus large public, l'ombre du rugby et, principalement celle du rugby à quinze, plane sur le football américain. On peut penser que les récents succès de l'équipe de France en Coupe du monde assureront une promotion immense au rugby et ce au détriment du football américain. Ce n'est pourtant pas l'avis de Frédéric Paquet qui ouvre pour un rapprochement des deux disciplines : " Nos rapports ont beaucoup évolué depuis quelque temps. L'époque des insultes est révolue. Le football américain tire bien entendu ses origines du rugby et je pense que nous pouvons beaucoup nous apporter mutuellement sur les plans physique et tactique ". Les contacts existent entre entraîneurs du football américain et du rugby à quinze. Mais il est encore bien trop tôt pour parler d'union sacrée entre les deux sports. Du côté de la Fédération française de rugby à quinze, on ne veut d'ailleurs pas se prononcer sur la question. Quant au nom de " rugby à onze ", " c'est à l'International board de réagir dans un sens ou dans un autre ", selon le chargé de communication des rugbymen français. 

Malgré ces réticences, l'optimisme reste de rigueur pour Frédéric Paquet. Partant du principe que le football américain se joue dans une quarantaine de pays, contre une vingtaine seulement pour son cousin le rugby, le président de la FFFA pense qu'une association de ces deux sports leur assurera un grand avenir commun. " A terme, un regroupement des quinzistes, treizistes et footballeurs au sein d'une même fédération mondiale de l'ovale créerait l'une des ligues les plus puissantes du monde. Nous deviendrions le pendant de la FIFA des footballeurs et le deuxième grand sport mondial. " 

Bien que cette perspective ne soit pas encore à l'ordre du jour, le projet semble envisageable à long terme. La toute-puissante Ligue américaine qui gère ce sport outre-Atlantique, la NFL, n'a jamais caché son désir de s'étendre au monde pour y poursuivre son développement à l'heure où le marché US est saturé. Les millions de dollars investis ces dernières années n'ont cependant pas suffi à imposer ce poids lourd du sport business sur le vieux continent. Les dirigeants américains ont semble-t-il compris que les fédérations européennes étaient des interlocuteurs incontournables pour asseoir un éventuel succès. Des discussions en vue d'un partenariat sont déjà bien avancées. Elles pourraient déboucher sur une assistance technique aux équipes françaises dans un proche avenir. Derrière ces contacts, aussi prolifiques soient ils pour la progression de nos licenciés, les enjeux financiers sont très importants. La Ligue américaine possède, en plus d'un compte bancaire bien fourni, un savoir-faire immense en matière d'organisation et de promotion. Reste à savoir si l'appât sera suffisant pour convaincre le monde du rugby, qui aurait tout de même de fortes chances de se retrouver noyé par un tel projet. Le rugby courrait peut-être le risque d'y laisser son âme. 

Jean Coron

Article paru dans l'édition de l'Humanité du 11 décembre 1999


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