12 mars 2010

Cowboys de dallas : La légende controversée

Parmi les équipes qui ont écrit l’histoire de la NFL, on cite très souvent celle des Cowboys et son légendaire coach, Tom Landry. Il réussira l’exploit de conduire son équipe à cinq Superbowls (70, 71, 75, 77, 78) et d’en remporter deux (71, 77). A l’époque, tous les gosses du sud s’identifieront à cette franchise surnommée «l’America’s Team ».

Mais derrière la légende se cachait, en fait, une réalité bien moins louable. 

Un fondateur manipulateur

L’histoire troublée du club, c’est d’abord l’histoire de son fondateur Tex Schramm. Piètre journaliste de la presse écrite, il va travailler à la TV, dont il perçoit l’utilité qu’il peut en tirer, dans le monde du sport. Attiré par le pouvoir et de gloire, il va choisir sa voie : le football professionnel.

Après quelques contacts dans la NFL, il débarque au Texas en 1960 avec l’idée de créer une équipe dans l’état mythique des Cowboys.

Il n’avait pas les moyens financiers de s’approprier une équipe, mais il était sûr de pouvoir en vendre une au public texan. Tout ce qui lui manquait était la bonne volonté d’un mécène plein de sous et qui n’y connaisse rien pour avoir les mains libres. Schramm a déniché cet oiseau rare dans le milieu des affaires de Dallas. Il a vendu son idée des « Cowboys » à Clint Murchinson, héritier du pétrole, qui était justement attiré par le prestige de posséder une équipe pro. Murchison, actionnaire principal de l’affaire nomme Schramm Président du club, lui donnant carte blanche. 

Prendre des inconnus, pour les sous-payer

Une fois nommé, Schramm va élaborer une stratégie des plus cynique : Repêcher des athlètes de second plan, pour mieux les sous-payer. 

La liste des joueurs se lisait comme un pot-pourri d’athlètes de diverses disciplines sportives. Le tight-end (Pete Gent) et un des corners (Cornell Grenn) étaient des basketteurs universitaires qui n’avaient pas réussi à entrer dans la NBA. Un sprinter (Bob Hayes) et un sauteur de haies (Mike Gaetcher) s’alignaient aux postes de flanker et de safety. En QB, il embauche Don Meredith, une ex-star universitaire de SMU.

D’une année à l’autre, et ce malgré les résultats qui vont être de plus en plus bons, Schramm va maintenir le plus petit budget salarial de la ligue. C’est ainsi que des athlètes de la valeur de Bob Lilly (DT, 61-74 dont 11 Pro Bowls) qui serait plus tard élu au Hall of Fame, jouaient pour la moitié du salaire de leurs homologues des autres équipes qui eux, ne valaient pas la moitié de ce Lilly.

Duane Thomas, le célèbre running des Cowboys, rapporte dans son journal :

« Tex Schramm : la mentalité d’un maquignon … Mégalomane – il avait sa propre émission de télé sur l’équipe … Spécialiste de la promo… Conservateur à fond, un raciste clandestin … ». Et Duane sait de quoi il parle après avoir été viré en 1972, juste pour avoir demandé la renégociation de son contrat. 

Vendre une belle histoire

Après avoir emmagasiné une main d’œuvre pas chère, Schramm a vendu au public une image de marque : les Dallas Cowboys.

Tout au long de cette aventure, il n’aura qu’un objectif : vendre son équipe aux médias, peu importe les résultats. Il va le reconnaître plus tard : « Toute publicité est de la bonne publicité. L’essentiel est de ne jamais laisser indifférent ».

Schramm va s’employer à leur donner chacun une image pittoresque qui puisse séduire le public. Un journaliste confie : « Avec d’autres équipes, comme les Bears par exemple, une fois parlé de Butkus et Sayers, qu’est-ce qu’il vous reste à raconter ? Mais avec Dallas, j’ai de la matière pour plusieurs semaines : il y a Mederith qui chante « Honky Tonk Angels » dans le huddle, Hayes qui coure aussi vite que Carl Lewis, Garrison le full qui fait du rodéo … ». La presse va morde complètement dans cette image que leur vend Schramm.

Un joueur raconte : « Quand schramm parlait de nous, il parlait se son « produit ». Tout ce qui comptait pour lui était l’image que l’on pouvait donner. L’image définissait la personne.

Lors de la victoire in extremis dans la superbowl 1971 (la première), Schramm profite de l’événement pour inventer un style à son équipe, des joueurs modestes du fin fond de l’Amérique qui réalisent l’exploit. Tous les fans de foot de tous les bleds paumés s’y retrouvent. 

Un coach comme alibi religieux

Cette histoire, c’est aussi celle du coach Tom Landry, recruté par Schramm et ami personnel. Il sera l’alibi religieux pour séduire les masses. Ultra-religieux et de caractère plutôt terne et taciturne, Tom Landry va être présenté à la presse comme l’homme aux qualités qui sont à la base de l’Amérique : le dévouement, la force intérieure, la foi et l’honnêteté. Le premier qui tombe dans le tableau est le propre actionnaire du club : le milliardaire Murchison.

Mais cette image était loin d’être la réalité. Pete Gent (TE de 1963 à 69) argumente :

« Tom était hyper calme jusqu’au coup d’envoi. Après, il s’effondrait complètement. C’est ça qui m’a toujours fait marrer : l’image qu’on lui octroyait de mec super cool sur les bords de touche ». Duante dit de lui « Ton Landry : un prestidigitateur qui se sert de sa foi pour cultiver sa vanité, son avarice et son pouvoir personnel ». 

Faire une armée, par la peur

C’est sous la houlette du président que Tom Landry va instituer un système de peur généralisée comme méthode de management. Un maître mot : intimider, intimider, intimider,… l’esprit autant que les corps. 

Avant la Draft, «il me semblait que tous ces joueurs craignaient d’être repêchés par Dallas … Le système, chez eux, ressemble beaucoup à l’armée. On ne vous laisse pas être un individu. C’était anormal. Leurs joueurs vivaient dans un état permanent de peur » témoigne un ancien vétéran de la NFL.

Cliff Harris (SS All-Pro des Cowboys de 70 à 79) : « Lorsque la fin du contrat approchait, il (Tom Landry) pouvait être impitoyable. Le système s’alimentait de l’insécurité des joueurs ». Le système faisait que même après une victoire les joueurs se maudissaient d’avoir commis telle ou telle erreur en quittant le terrain. 

Tomay : « On se dressait les uns contre les autres, prenant des risques lors des entraînements, se tapant dessus pour faire bonne impression sur Tom et ainsi garder sa place. Chacun avait sa famille, sa maison à payer. Par poste, un coéquipier était devenu un ennemi car il se battait pour prendre le job ». 

Des joueurs dressés

Tom Landry va mettre au point des tactiques de jeu qui seront à l’image de sa conception du monde. Pas de liberté hormis celle qu’il accorde. Ses tactiques annihilaient toute improvisation de jeu. Ses joueurs vont se transformer au fil du temps en de vraies machines robotisées.

C’est l’époque de la devise : « It’s who gets the blame » « Peu importe qu’on gagne ou qu’on perde, l’important est de savoir qui on va blâmer ». Un truc aux antipodes de la devise du Baron de Coubertin : « L’important est de participer ».

Le développement de la technologique sera comme du pain béni pour le Coach. Les Dallas Cowboys ont été le premier club à se servir des ordinateurs. Le sport perd tout son esprit récréatif avec Tom, les joueurs deviennent des simples instruments, à sa main. 

Difficile de ne pas mentionner non plus le climat raciste qui était volontairement entretenu par la direction. Elle se servait de l’esprit racial du sud de l’époque. Les Blacks se mettaient dans un coin, les Blancs dans l’autre.

Duante disait « Tom Landry … recrute que des joueurs Blacks des Etats Sudistes (comprenez ; dressés) pour maintenir en bon état la ségrégation au sein de l’équipe ». 

Ils se chargeaient à mort

Le paradoxe, c’est que les joueurs sont adulés, grâce au travail médiatique de Schramm. Dés qu’ils sortaient, ils étaient les stars de la ville. Mais beaucoup vivent mal ce décalage ? Les drogues servaient de tampon entre ces deux mondes paradoxaux.

Tomay rajoute : « Tous les mecs de caractère » - la clique des bons vieux potes du sud – se chargeaient à mort, aussi bien à la marijuana qu’à d’autres drogues qu’on nous donnait pour pouvoir embarquer sur le terrain… Le dopage était courant chez nous du fait de la manière dont nous étions traités au sein du club ».

« Etre un pro pour Tom signifiait que l’on acceptait de jouer blessé. On se bourrait de pilules, d’injections, tout ce qu’il fallait pour pouvoir mettre le casque, le dimanche après-midi. On apprenait à ne plus ressentir la douleur. C’est comme si on ne faisait plus partie de son corps, comme un meuble, comme quelque chose de détaché. Je suis toujours ébahi que certains d’entre nous aient survécu. Prenez Walt Garrison (FB, 66-74 dont 1 Pro Bowl) : il a disputé le match du titre NFC en 1970 avec des crampes dans le dos, une entorse au genou et à la cheville, et la clavicule fracturée. On a dû le transporter hors du terrain sur une civière. Mais pas avant qu’il ait parcouru 50 yards et rattrapé 2 passes décisives. Il était le modèle de Landry. 

Une postérité discutable

L’ironie, c’est que ce tandem Tex-Tom va réussir à mystifier toute la communauté du football. Résultats obligent ! Mais à quel prix. Beaucoup de joueurs auront du mal à se débarrasser de leur stigmates, une fois être passé chez les Cowboys. 

En février 89, le duo passe la main avec l’arrivée d’un nouveau propriétaire ; Gerry Jones. C’est en 1990 et 1991 qu’ils passeront à la postérité en entrant au Hall of Fame de la Ligue. Probablement, un juste retour pour ceux qui furent les amis personnels de Pete Rozelle, président de la NFL de 1960 à 1989. En effet c’est Schramm qui, en 1960, a poussé les propriètaires de club à embaucher le jeune Pete.

Manipulation médiatique et version officielle truquée, l’Amérique a décidément du mal à se défaire de ses mauvais démons. 

D'aprés un article de D.W.


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